Par Sabrina FAJAU
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En bref : la ménopause, c’est l’arrêt définitif des règles, en moyenne vers 51 ans. Mais le vrai sujet, c’est la périménopause, qui peut commencer des années avant et dont les symptômes se déguisent en fatigue, stress ou déprime. Le suivi se fait avec une sage-femme, un médecin généraliste ou un gynécologue ; le traitement hormonal est une option efficace pour beaucoup de femmes sans contre-indication. Et la kiné a un vrai rôle à jouer : périnée, articulations, muscles, et retour au sport, haltères comprises.
L’essentiel en 5 points
- Ménopause = 12 mois sans règles. Âge médian en Europe : 50 à 51,5 ans.
- La périménopause débute souvent entre 45 et 55 ans et dure en moyenne 7 ans. Ses symptômes ressemblent à beaucoup d’autres problèmes : on vérifie avant de conclure.
- Le Traitement Hormonal de la Menopause ( THM ) est, d’après les sociétés savantes, une bonne option avant 60 ans ou dans les 10 ans qui suivent la ménopause, en l’absence de contre-indication.
- La kiné agit sur le périnée (SGUM, fuites, douleurs), les douleurs articulaires, la perte musculaire et la reprise du sport.
- Porter lourd, c’est oui, progressivement et bien encadrée. Et ça ne marche pas sans assiette adaptée, protéines en tête.
La ménopause, c’est quoi (et c’est quand) ?
Petit rappel pour tout le monde : la ménopause correspond à l’arrêt définitif des règles, parce que les ovaires ont terminé leur carrière. On ne la diagnostique qu’a posteriori, après 12 mois consécutifs sans règles. En Europe, l’âge médian se situe entre 50 et 51,5 ans, et 10 à 15 % des femmes sont ménopausées avant 45 ans. Avant 40 ans, on parle d’insuffisance ovarienne prématurée (1 à 2 % des femmes) : là, on consulte sans attendre.
Mais la ménopause, c’est un peu comme le final d’une série : tout se joue dans les épisodes d’avant. Ces épisodes, c’est la périménopause.
La périménopause : quand le corps change les règles du jeu (littéralement)
La transition débute le plus souvent entre 45 et 55 ans et dure environ 7 ans en moyenne, parfois jusqu’à 14 ans. Les premiers signes peuvent apparaître jusqu’à 10 ans avant les dernières règles. Les hormones ne baissent pas gentiment : elles font des montagnes russes. Résultat :
- cycles irréguliers, règles plus abondantes ou plus rapprochées ;
- bouffées de chaleur et sueurs nocturnes (jusqu’à 80 % des femmes à un moment de la transition) ;
- sommeil en vrac, fatigue, irritabilité, anxiété, humeur en dents de scie ;
- trous de mémoire, difficultés de concentration (le fameux « brouillard ») ;
- douleurs articulaires et musculaires, raideurs au réveil ;
- baisse de libido, sécheresse intime, envies pressantes d’uriner.
Attention aux sosies : ces symptômes ressemblent à beaucoup d’autres choses
Fatigue, palpitations, prise de poids, moral en berne, douleurs diffuses… Cette liste pourrait aussi décrire un trouble de la thyroïde, une carence en fer (fréquente quand les règles deviennent abondantes), une dépression ou un trouble anxieux, un burn-out, un syndrome d’apnées du sommeil, un diabète ou un effet secondaire de médicament. À l’inverse, beaucoup de femmes en périménopause s’entendent dire « c’est le stress » et repartent avec un anxiolytique.
Le bon réflexe : ne pas s’autodiagnostiquer (ni via TikTok, ni via la belle-sœur). Après 45 ans, le diagnostic de périménopause est clinique : cycles irréguliers + symptômes. Le dosage de FSH n’est pas recommandé à cet âge, car il varie trop d’un jour à l’autre pour être fiable. En revanche, un bilan sanguin peut servir à écarter les autres causes. Et certains signes justifient de consulter rapidement : saignements très abondants ou entre les règles, saignement après la ménopause, perte de poids inexpliquée, idées noires.
| Bon à savoir : en périménopause, une grossesse reste possible. On garde une contraception jusqu’à ce que la ménopause soit confirmée, et on en parle avec sa sage-femme ou son médecin. |
Qui consulter, et le traitement hormonal est-il une bonne idée ?
Sage-femme, médecin généraliste ou gynécologue : qui fait quoi ?
- La sage-femme assure le suivi gynécologique de prévention à tout âge, la contraception et la rééducation du périnée. C’est une interlocutrice de choix pour faire le point en périménopause.
- Le médecin généraliste connaît votre histoire, peut écarter les autres causes, et prescrire le THM.
- Le ou la gynécologue (médical·e ou obstétricien·ne) prend en charge le suivi, le THM et les situations plus complexes.
Le point actu (octobre 2026) : à ce jour, seuls les médecins peuvent prescrire le THM. Lors des premières Assises de la ménopause (15 octobre 2026), la ministre de la Santé a saisi la HAS pour étudier l’ouverture de cette prescription aux sages-femmes ; l’avis est attendu au premier trimestre 2027, et de nouvelles recommandations globales sur la ménopause mi-2027. Une consultation longue « ménopause » chez le médecin ou la sage-femme a aussi été actée dans son principe. On suit ça de près !
Le traitement hormonal de la ménopause : plutôt une bonne solution si vous n’êtes pas à risque
Le THM a traîné une mauvaise réputation pendant 20 ans. Les données ont été largement réanalysées depuis, et le message actuel des sociétés savantes est plus nuancé et plutôt rassurant :
- Selon la Menopause Society (position 2022), chez les femmes de moins de 60 ans ou dans les 10 ans qui suivent la ménopause, sans contre-indication, la balance bénéfices/risques est favorable pour traiter les symptômes gênants et prévenir la perte osseuse.
- En France, la HAS a confirmé en octobre 2025 la place du THM quand les symptômes altèrent la qualité de vie, à la dose minimale efficace, avec une réévaluation au moins annuelle.
- La voie compte : l’œstradiol par la peau (gel, patch) n’augmente pas le risque de phlébite comme le fait la voie orale (étude française ESTHER).
Quand c’est non (ou à discuter au cas par cas) : antécédent de cancer du sein ou d’autre cancer hormono-dépendant, phlébite ou embolie pulmonaire, AVC ou infarctus, maladie du foie évolutive, saignements inexpliqués. Le THM n’est pas une obligation : il existe aussi des traitements non hormonaux, et des traitements locaux pour le syndrome génito-urinaire. C’est une décision qui se prend à deux, avec votre médecin.
La kinésithérapie à la ménopause : bien plus que le périnée
Quand on pense « kiné et ménopause », on pense périnée. Et c’est vrai. Mais pas seulement : muscles, os, articulations et sport sont aussi au programme.
La gêne vulvaire et urinaire : le syndrome génito-urinaire de la ménopause (SGUM)
Sécheresse, brûlures, douleurs pendant les rapports, envies pressantes, fuites : le SGUM touche 30 à 70 % des femmes ménopausées et, contrairement aux bouffées de chaleur, il a tendance à s’aggraver sans traitement. La kiné du périnée intervient en complément des traitements locaux :
- renforcement et relâchement du périnée, qui améliorent la vascularisation et l’élasticité des tissus (12 semaines de programme ont réduit les symptômes de SGUM dans une étude pilote canadienne) ;
- thérapie manuelle, biofeedback et dilatateurs pour les douleurs pendant les rapports ;
- rééducation vésicale pour les envies pressantes ;
- rééducation des fuites à l’effort, avec 74 % de femmes guéries ou améliorées dans la revue Cochrane.
👉 Tout le détail, symptôme par symptôme, est dans mon article dédié : [lien vers l’article SGUM].
Les douleurs articulaires : non, ce n’est pas « juste l’âge »
En 2024, des chercheuses ont proposé un nom pour un phénomène que beaucoup de femmes connaissent : le syndrome musculosquelettique de la ménopause (Wright et al., Climacteric). Environ 70 % des femmes en périménopause ont des douleurs musculaires ou articulaires, et une sur quatre de façon invalidante. Ce syndrome regroupe les douleurs articulaires, la perte musculaire, la perte osseuse, l’arthrose, les lésions des tendons et ligaments et même l’épaule gelée (capsulite rétractile). Et parmi tous les traitements possibles, les auteurs décrivent l’exercice comme « peut-être la seule approche qui ne fait pas débat ».
Ce que la kiné peut faire :
- un bilan pour identifier ce qui fait mal et pourquoi ;
- des exercices thérapeutiques adaptés (mobilité, renforcement, proprioception), avec un programme à la maison ;
- la prise en charge de l’épaule gelée, des tendinopathies et de l’arthrose ;
- la prévention des chutes et un travail de l’équilibre, d’autant plus important que les os se fragilisent.
La réathlétisation : reprendre (ou commencer) le sport du bon pied
La réathlétisation, c’est le pont entre la rééducation et la pratique sportive. Que vous visiez un semi-marathon, un cours de CrossFit ou simplement de porter vos courses sans grimacer, la kiné construit une progression adaptée à vos articulations et à votre périnée : gestion des impacts, de la respiration et des pressions abdominales, reprise progressive de la course, du saut et des charges.
Le renforcement avec du lourd : oui, oui et oui
Après la ménopause, on perdrait en moyenne 0,6 % de masse musculaire par an, et la densité osseuse peut chuter d’environ 10 % pendant la transition. La meilleure réponse ? Donner aux muscles et aux os une bonne raison de rester. Et pour ça, il faut du lourd.
Dans l’essai LIFTMOR (2018), 101 femmes ménopausées à masse osseuse basse ont suivi soit un programme à haute intensité (2 séances de 30 min par semaine, 5 × 5 répétitions à plus de 85 % de leur maximum : soulevé de terre, squat, développé militaire, sauts), soit un programme doux à domicile. Au bout de 8 mois, la densité osseuse a augmenté dans le groupe « lourd » (+2,9 % aux lombaires) alors qu’elle diminuait dans le groupe doux. Bonus : une meilleure forme physique, et un seul effet indésirable mineur.
« Mais j’ai un prolapsus, je ne peux pas porter lourd ! » Pas si vite.
C’est LA crainte que j’entends le plus en cabinet. Ce que disent les études :
- Dans une enquête auprès d’environ 4 000 femmes qui soulèvent des charges en salle (Forner et al., 2020), celles qui soulevaient plus de 50 kg n’avaient pas plus de symptômes de prolapsus que les autres. Les facteurs associés étaient surtout l’âge, les accouchements par voie basse, la constipation et les antécédents familiaux.
- Une revue de référence (Bø et Nygaard, Sports Medicine, 2020) conclut que les données sur l’effet des efforts intenses sont limitées et contradictoires, et que chaque femme a probablement son propre seuil de tolérance aux pressions.
- Et le renforcement du périnée, lui, réduit les symptômes de prolapsus (essai POPPY, The Lancet, 2014).
Conclusion honnête : il n’y a pas de preuve qu’une musculation lourde bien menée crée ou aggrave un prolapsus, mais elle doit être adaptée à votre périnée. Concrètement :
- faites un bilan périnéal avant de charger si vous avez un prolapsus, des fuites ou une sensation de pesanteur ;
- progressez par paliers, en soignant la technique ;
- soufflez pendant l’effort et apprenez à contracter le périnée au bon moment (le « verrouillage » n’est pas toujours utile…) ;
- écoutez les signaux : pesanteur, fuite ou douleur pendant ou après la séance = on ajuste la charge ou l’exercice, on n’arrête pas tout.
Et dans l’assiette ? Le muscle se construit aussi à table
Soulever de la fonte sans manger assez de protéines, c’est comme construire un mur sans briques. Des groupes d’experts recommandent après 65 ans au moins 1 à 1,2 g de protéines par kilo et par jour, et au moins 1,2 g/kg/j pour les personnes actives. Pour une femme de 65 kg qui s’entraîne, cela fait environ 80 g par jour, à répartir sur les repas (petit-déjeuner compris, c’est souvent lui le maillon faible). Il faut aussi penser au calcium, à la vitamine D et aux fibres.
Le bon interlocuteur : un·e diététicien·ne (diplômé·e d’État, titre protégé) ou un médecin nutritionniste. Méfiance envers les régimes miracles « spécial ménopause », les compléments hors de prix et les coachs qui promettent de « réveiller vos hormones ». En cas de maladie rénale, demandez un avis médical avant d’augmenter les protéines.
Questions fréquentes sur la ménopause et la kiné
À quel âge commence la périménopause ?
La transition vers la ménopause débute le plus souvent entre 45 et 55 ans, et les premiers signes peuvent apparaître jusqu’à 10 ans avant les dernières règles. Elle dure en moyenne 7 ans, parfois jusqu’à 14 ans.
Faut-il une prise de sang pour diagnostiquer la périménopause ?
Non, pas après 45 ans : le diagnostic est clinique (cycles irréguliers + symptômes). Le dosage de FSH est peu fiable à cette période car il varie beaucoup. En revanche, une prise de sang peut être utile pour écarter d’autres causes (thyroïde, carence en fer…).
Qui prescrit le traitement hormonal de la ménopause en France ?
Aujourd’hui, seuls les médecins (généraliste, gynécologue médical ou gynécologue-obstétricien) peuvent prescrire le THM. La sage-femme assure le suivi gynécologique et peut vous accompagner pendant la périménopause ; la HAS doit rendre un avis sur l’ouverture de la prescription du THM aux sages-femmes, attendu début 2027.
Un kiné peut-il aider pendant la ménopause ?
Oui : rééducation du périnée (sécheresse, douleurs, fuites, envies pressantes), prise en charge des douleurs articulaires, renforcement musculaire, prévention des chutes et réathlétisation pour reprendre ou continuer le sport.
Peut-on soulever lourd à la ménopause, même avec un prolapsus ?
Oui, à condition que ce soit progressif, bien technique et adapté à votre périnée. Les études ne montrent pas de lien clair entre musculation lourde et prolapsus chez les femmes qui s’entraînent. En cas de pesanteur ou de fuites pendant l’effort, faites un bilan avec un·e kiné du périnée.
Combien de protéines manger après la ménopause ?
Les experts européens recommandent au moins 1 à 1,2 g de protéines par kilo et par jour après 65 ans, et au moins 1,2 g/kg/j pour les personnes actives. Un·e diététicien·ne peut adapter ces repères à votre situation.
Le mot de la fin
La ménopause n’est pas une maladie, mais ce n’est pas non plus une période à traverser en serrant les dents. Faites le point avec votre sage-femme ou votre médecin, discutez du THM si vos symptômes vous gâchent la vie, et entourez-vous d’une équipe : kiné, diététicien·ne, coach formé·e. Et surtout : soulevez lourd, mangez bien, et parlez de votre périnée sans tabou.
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| Cet article est une information générale et ne remplace pas une consultation médicale. Chaque situation est unique. |
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