Par Sabrina FAJAU

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Cancer du sein : on vous parle chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, hormonothérapie. Mais rarement du kiné. Pourtant, la kinésithérapie peut changer votre quotidien, avant, pendant et longtemps après les traitements.

En bref : pourquoi voir un kiné après un cancer du sein ?

Un kiné formé en sénologie aide à limiter et à traiter les séquelles physiques du cancer du sein et de ses traitements. Il intervient sur cinq points principaux :

  1. L’épaule, qui peut se raidir après la chirurgie ou la radiothérapie.
  2. Le lymphœdème, ce gonflement du bras qui peut apparaître après le retrait de ganglions.
  3. La cicatrice, qui peut tirer, coller ou rester douloureuse.
  4. La fatigue, que l’activité physique adaptée aide à réduire.
  5. Le périnée, souvent touché par la baisse des œstrogènes liée aux traitements, et dont presque personne ne parle.

Quand consulter un kiné : avant, pendant ou après ?

Le plus tôt possible, et aussi longtemps que nécessaire. La kiné ne se limite pas aux semaines qui suivent l’opération.

  • Avant l’opération : faire un bilan de l’épaule et du bras, apprendre les bons gestes, poser des repères.
  • Juste après la chirurgie : retrouver la mobilité, surveiller le bras, prendre soin de la cicatrice.
  • Pendant la radiothérapie et la chimiothérapie : limiter la raideur et lutter contre la fatigue.
  • Pendant l’hormonothérapie, parfois pendant des années : continuer à bouger, et prendre en charge les effets sur le périnée.

Parlez-en à votre oncologue, à votre chirurgien ou à votre médecin traitant : ils peuvent vous orienter.

Raison 1 : retrouver une épaule qui bouge

Après une chirurgie du sein ou une radiothérapie, l’épaule du côté opéré peut perdre en mobilité et en force. Lever le bras, attacher son soutien-gorge, attraper un objet en hauteur ou dormir sur le côté deviennent difficiles.

Cette raideur vient de la douleur, de la cicatrice, des tissus irradiés ou de la peur de bouger. Parfois, des « cordes » apparaissent sous l’aisselle et tirent jusque dans le bras.

Le kiné propose des exercices progressifs, adaptés à chaque étape. Les études montrent que des exercices commencés tôt après l’opération améliorent la mobilité de l’épaule. Le bon moment pour démarrer se décide avec l’équipe chirurgicale.

Raison 2 : prévenir et traiter le lymphœdème

Le lymphœdème est un gonflement du bras, de la main ou du sein, dû à une mauvaise circulation de la lymphe. Il peut apparaître après le retrait de ganglions sous le bras ou après une radiothérapie, parfois des mois ou des années plus tard.

La kiné agit à deux niveaux :

  • en prévention : dans un essai publié dans le BMJ en 2010, une kiné commencée juste après l’opération a réduit le risque de lymphœdème à un an. Elle associait drainage lymphatique, travail de la cicatrice, exercices de l’épaule et conseils ;
  • en traitement : drainage, bandages, exercices et conseils pour la vie quotidienne.

Un bras plus lourd, une bague ou une manche qui serre, une sensation de tension : ce sont des signes à signaler sans attendre.

Raison 3 : prendre soin de la cicatrice

Une cicatrice de mastectomie, de tumorectomie ou de curage ganglionnaire peut tirer, coller aux tissus, gratter ou rester sensible. Elle peut aussi gêner les mouvements de l’épaule.

Le kiné travaille la souplesse de la cicatrice et des tissus autour, par des massages et des mobilisations adaptés. Il vous apprend aussi à le faire vous-même.

C’est aussi une étape importante pour se réapproprier son corps. Beaucoup de femmes n’osent pas toucher ni regarder leur cicatrice. Avancer à son rythme, accompagnée, aide à franchir ce cap.

Raison 4 : lutter contre la fatigue grâce à l’activité physique

La fatigue liée au cancer ne passe pas avec le repos seul. L’activité physique adaptée est l’un des moyens les mieux prouvés pour la réduire. En 2019, un consensus international d’experts a classé ce bénéfice parmi ceux à preuves fortes, avec l’amélioration de l’anxiété, de la dépression, de la qualité de vie et de la condition physique.

Le même consensus indique que le renforcement musculaire, deux fois par semaine, n’augmente pas le risque de lymphœdème.

C’est aussi un enjeu sur le long terme : après un cancer du sein, les femmes qui restent actives ont une meilleure survie dans les études. Ces études montrent une association, pas encore une preuve directe de cause à effet.

Le kiné vous aide à reprendre une activité progressive, adaptée à votre fatigue, à vos traitements et à vos envies.

Raison 5 : le périnée, la raison dont personne ne parle

Beaucoup de traitements du cancer du sein font chuter les œstrogènes, et le périnée en subit les effets. C’est le cas de l’hormonothérapie, et parfois de la chimiothérapie, qui peut provoquer une ménopause précoce. Or les œstrogènes entretiennent les tissus du vagin, de la vulve et de la vessie.

Dans une enquête française menée auprès de femmes sous hormonothérapie, quasiment toutes décrivaient au moins un trouble intime ou urinaire. Et moins de 2 sur 10 avaient été prévenues.

Ce qui peut apparaître :

  • sécheresse, brûlures, irritations ;
  • douleurs pendant les rapports ;
  • envies pressantes d’uriner, infections urinaires à répétition ;
  • fuites urinaires ;
  • baisse du désir.

Ce n’est pas « dans la tête », et ce n’est pas « normal, il faut faire avec ». C’est une conséquence connue des traitements, et elle se prend en charge.

Un kiné formé en rééducation périnéale peut vous aider à détendre un périnée crispé par la douleur, à renforcer les muscles en cas de fuites, et à vous réapproprier cette zone, à votre rythme. Votre gynécologue, votre sage-femme ou votre oncologue peuvent, eux, vous proposer des soins locaux adaptés à votre situation.

Et parce que le périnée, ce n’est pas seulement des muscles à rééduquer, mais aussi du plaisir à retrouver, j’ai conçu un programme pour se reconnecter à son périnée en douceur : Périnée et plaisir https://www.inperineewetrust.com/programme_2mois

Comment trouver un kiné formé au cancer du sein ou au périnée ?

Tous les kinés ne sont pas formés à ces prises en charge spécifiques. Deux réseaux peuvent vous aider à trouver le bon professionnel près de chez vous.

Votre équipe d’oncologie peut aussi vous orienter vers un kiné qu’elle connaît.

Questions fréquentes sur la kiné et le cancer du sein

Pourquoi voir un kiné après un cancer du sein ?

Pour limiter et traiter les séquelles physiques des traitements : raideur de l’épaule, lymphœdème, cicatrice douloureuse, fatigue et troubles du périnée.

Quand commencer la kiné ?

Idéalement dès l’annonce ou juste après l’opération, selon l’avis de l’équipe chirurgicale. La kiné peut se poursuivre pendant et après les traitements, y compris pendant l’hormonothérapie.

La kiné peut-elle prévenir le lymphœdème ?

Une kiné commencée tôt après l’opération a réduit le risque de lymphœdème dans un essai randomisé publié dans le BMJ en 2010. Elle associait drainage, travail de la cicatrice, exercices et conseils.

Peut-on faire du sport après un cancer du sein ?

Oui. L’activité physique adaptée réduit la fatigue et améliore la qualité de vie. Le renforcement musculaire, deux fois par semaine, n’augmente pas le risque de lymphœdème selon le consensus international de 2019.

L’hormonothérapie a-t-elle des effets sur le périnée ?

Oui. En faisant baisser les œstrogènes, elle peut provoquer sécheresse vaginale, douleurs pendant les rapports, troubles urinaires et baisse du désir. Ces effets se prennent en charge : parlez-en à votre équipe soignante.

Comment trouver un kiné spécialisé ?

Pour le cancer du sein, l’annuaire du Réseau des kinés du sein (RKS). Pour le périnée, l’AFREPP.

Sources

Article à visée d’information. Il ne remplace pas l’avis de votre équipe soignante.



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